Hari Balasubramanian sur l’intérêt des investisseurs pour les solutions basées sur la nature

Un entretien avec Hari Balasubramanian dans le cadre d’une série qui montre les retombées positives des investissements dans des solutions fondées sur la nature. L‘environnement, la société et l’économie en bénéficient, créant ainsi un avenir meilleur pour tous.

Hari Balasubramanian est le fondateur et associé principal d’EcoAdvisors, une firme-conseil qui a contribué à conseiller plus de 3,5 milliards de dollars de financement axé sur la durabilité. Il est aussi le fondateur d’EcoInvestors Capital, une plateforme conçue pour des allocations environnementales crédibles dans tout l’éventail des capitaux. Les deux entreprises créent de la valeur pour les clients tout en assurant la pérennité de la base de l’économie mondiale – la nature. 

Fort de son expérience en matière de conservation internationale des zones côtières et marines, Hari a beaucoup appris de projets menés dans plus de 45 pays lorsqu’il œuvrait pour Conservation International, l’une des plus importantes organisations environnementales à but non lucratif au monde. C’est en travaillant là-bas qu’il a saisi que les dons philanthropiques ne suffiraient pas à eux seuls à soutenir pleinement la pérennité environnementale. Qui plus est, Hari s’est rendu compte que les investisseurs et les entreprises ont souvent du mal à comprendre que les investissements dans la nature ne génèrent pas que des avantages environnementaux. Ils peuvent également créer de la résilience et de la prospérité économique. 

En tant que fournisseur de solutions fondées sur la nature (SfN) pour les investisseurs corporatifs, Projet New Acre s’est entretenu avec Hari sur les défis auxquels font face les organisations dans l’atteinte de leurs objectifs de durabilité. Nous avons aussi abordé la demande croissante pour des investissements basés sur la nature. 

A wetland in ALUS Parkland, Alberta.

Hari Balasubramanian

Les solutions naturelles à la crise climatique attirent l’attention des investisseurs à impact social, mais les entreprises se heurtent encore à des obstacles lorsqu’il s’agit d’investir dans des projets naturels. Selon Hari, ces obstacles comprennent l’absence de réglementation claire, le manque d’expertise pour identifier et développer des opportunités durables de haute qualité, des goulets d’étranglement dans la vérification et la validation, ainsi que des inefficacités et des frictions excessives sur le marché.  

Mais, selon lui, il existe des moyens de relever ces défis. 

« Dans la nature, nous avons le meilleur mécanisme de capture et de stockage du carbone à l’échelle dans le monde », dit-il. « Il y a encore une abondance de systèmes naturels qui peuvent être renforcés pour maintenir un équilibre des gaz à effet de serre et protéger l’humanité. Il nous suffit d’activer l’infrastructure de soutien pour connecter la demande avec une offre crédible à fort impact. » 

Avec la tarification du carbone, tant réglementée que volontaire, l’utilisation de la nature pour le captage et le stockage du carbone devient intéressante pour les investisseurs à impact social. 

Au fil du temps, dit Hari, l’accent s’est déplacé vers la performance ESG. Les entreprises ont ciblé les pratiques environnementales, sociales ou de gouvernance, les considérant comme des avantages cumulés et accroissant la valeur sous-jacente, même si ces avantages n’étaient pas toujours monnayables. Mais cela est en train de changer.      

« Chez EcoInvestors, nous utilisons notre connaissance approfondie de cet espace et notre vaste réseau pour surmonter les frictions et les inefficacités actuelles et créer un marché efficace pour les solutions fondées sur la nature », dit Hari. « Les clients à la recherche d’un produit crédible pour compenser leur production de carbone disposeront d’un moyen d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés.» 

En outre, les entreprises commencent à redéfinir leurs efforts en matière de responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et ne considèrent plus le développement durable comme une fonction distincte de leurs activités principales, ayant simplement pour mission de contrecarrer les impacts négatifs de celles-ci. 

« Nous sommes à un point d’inflexion dans la réponse à la crise climatique. Le budget mondial des émissions et l’augmentation de la température moyenne qui y est associée sont de plus en plus reconnus », explique Hari. « Cela a conduit à une pression réglementaire et à des engagements volontaires en faveur de la carboneutralité. On se rend également compte que pour éviter les points de basculement catastrophiques, il faudra à la fois réduire les émissions et capturer le carbone. » 

Par conséquent, de plus en plus d’investisseurs prennent conscience de la création de valeur que procurent les solutions basées sur la nature, qui sont mises en avant à l’échelle mondiale. 

 

La vie sur terre et dans l’eau 

Les solutions climatiques fondées sur la nature offrent aussi l’avantage indéniable de créer des co-bénéfices tels la conservation de la biodiversité, les impacts positifs dans les collectivités et les opportunités économiques. Trois initiatives importantes suscitent de l’intérêt pour les solutions fondées sur la nature, tant chez les investisseurs que chez les organisations qui cherchent à atteindre la carboneutralité : la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD), la Task Force on Nature-related Financial Disclosure (TNFD) et les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. 

« La disparité entre ce qui était dépensé pour endommager activement la planète – plus de 50% du PIB mondial ou 40 000 milliards de dollars américains – et ce qui était alloué pour la protéger – moins de 0,2% ou 200 milliards de dollars américains – est stupéfiante », déclare Hari. « Parallèlement, le rapport du Forum économique mondial de janvier 2020 nous informe que plus de la moitié du PIB mondial, soit plus de $44T de dollars américains, dépend modérément ou fortement de la nature et de ses services. » 

La TCFD, la TNFD et les ODD offrent des cadres aux investisseurs et aux décideurs économiques pour résoudre le déséquilibre entre le profit que nous tirons de la nature et ce que nous octroyons pour le défendre. Il est vital de le faire, compte tenu de la valeur des services qu’elle fournit. 

L’action climatique tend à dominer le débat public sur les ODD. Mais il y a d’autres ODD qui méritent aussi notre attention, dit Hari, comme l’ODD 14 – Vie aquatique – et l’ODD 15 – Vie terrestre – qui sont des objectifs qui visent à préserver les écosystèmes et la biodiversité. Ces objectifs ont également un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique, la perte de biodiversité et la promotion de l’égalité. 

« Il ne faut pas oublier que la réalisation de ces objectifs nous aide à maintenir la base de capital naturel qui sous-tend plus de la moitié du PIB mondial », déclare Hari. 

Les investissements et les partenariats entre les entités qui contribuent à la durabilité de la nature peuvent servir à concrétiser ces ambitions, selon Hari. 

 

Intérêt pour les investissements dans la nature 

L’intérêt des entreprises pour les solutions fondées sur la nature s’articule en grande partie autour des engagements pris par les organisations pour atteindre l’objectif zéro émission nette. Pour y arriver, une grande importance est accordée aux réponses technologiques, telles que les projets de capture et de stockage du carbone à l’échelle industrielle. 

Selon Hari, les solutions fondées sur la nature fournissent la proposition de valeur la plus élevée de toutes les stratégies d’atténuation du climat. Outre la compensation des émissions, elles offrent des avantages connexes, comme le soutien aux collectivités locales et aux populations autochtones dont le bien-être économique dépend du maintien d’un écosystème sain. 

« Elles offrent également certaines des options les moins coûteuses pour le captage et le stockage du carbone et, d’un point de vue pragmatique, le meilleur moment pour mettre en œuvre ces solutions est aujourd’hui », dit-il. 

Trop souvent, les chefs d’entreprise cherchent à atténuer les coûts des activités qui nuisent à l’environnement, plutôt que de voir l’investissement dans l’environnement naturel comme un moyen de générer des avantages économiques, note Hari. 

L’un des obstacles pour les investisseurs et les chefs d’entreprise est que les bénéfices de l’investissement dans la nature ont historiquement été considérés comme difficiles à mesurer en termes financiers. Toutefois, avec l’émergence d’engagements réglementaires et volontaires, ce n’est plus le cas. Les éco-conseillers et les éco-investisseurs travaillent sur la mesure, la transaction et la création de valeur de ce marché. 

 

Le groupe de travail Task Force on Nature-related Financial Disclosure (TNFD) 

Deux des efforts déployés pour permettre aux investisseurs de comprendre la matérialité financière des solutions fondées sur la nature sont la TCFD et la TNFD. La TNFD, lancée récemment, vise à étendre le concept de divulgation financière liée au climat aux actifs naturels tels que la biodiversité. 

Hari faisait partie du groupe de travail qui a élaboré la TNFD avant le lancement de la taskforce l’année dernière. Il affirme que si l’on ne parvient pas à évaluer correctement la nature, on risque de mal calculer la matérialité financière de la destruction de l’environnement naturel. 

« Votre responsabilité fiduciaire en tant qu’investisseur doit tenir compte de la nature, sinon vous ne reconnaissez pas la valeur sous-jacente et vous ne comprenez pas les risques financiers importants associés à vos décisions d’investissement », dit-il. 

Cette responsabilité ne peut que s’accroître. En effet, les régulateurs mondiaux cherchent à exiger des entreprises qu’elles considèrent les risques liés au climat et à la nature. Elles devront aussi définir plus strictement l’investissement vert dans l’espoir d’orienter davantage de capitaux vers des solutions environnementales de meilleure qualité. Cette responsabilité n’incombe pas qu’au secteur privé, mais aussi aux gouvernements. Nous avons vu des mandats du secteur public s’aligner sur la TCFD dans certaines juridictions, notamment en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et au Canada. 

 

Manque d’options d’investissement 

Tant les particuliers fortunés que les épargnants à la recherche de produits plus durables le constatent. Les conseillers en patrimoine et les grandes institutions financières ne proposent pas suffisamment d’options d’investissement permettant d’atteindre les cibles en matière de climat et de biodiversité. 

Souvent, les investissements disponibles sont simplement reconditionnés à partir d’investissements conventionnels existants qui reçoivent une étiquette ESG, mais sans les principes sous-jacents de la durabilité, dit Hari. 

Il note toutefois que l’intérêt des régulateurs et du public ne fera que croître. 

« Il existe déjà un ensemble de solutions en croissance rapide qui est grossièrement sous-évalué et sous-capitalisé », déclare Hari. « Des ingrédients de choix pour la création de valeur ». 

Hari s’attend à ce que la réglementation résulte en une demande plus importante pour des investissements durables. Il affirme toutefois que les entreprises et les investisseurs sont déjà confrontés à une pression grandissante pour générer des impacts positifs avant même l’entrée en vigueur des réglementations. 

« De nouvelles opportunités de développement durable vont se présenter, qu’il s’agisse de produits de haute qualité ou de produits simplement reconditionnés à partir d’investissements conventionnels existants et dotés d’une étiquette ESG, d’autant plus que la conversation autour de ces thèmes s’intensifie », explique Hari. « Je pense que le défi sera alors de trouver les bonnes institutions pour proposer des produits crédibles. Nos entreprises continuent à fournir la sensibilisation, l’accès et la crédibilité pour évaluer et répondre à la demande croissante sur le marché. » 

Du point de vue de Hari, ces considérations ne concernent pas seulement une stratégie d’investissement, mais une pierre angulaire pour garantir que les humains puissent continuer à prospérer sur cette planète. 

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Katherine Balpataky,
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